Une communauté énergétique pour des habitants de l’Île d’Yeu
Après trois années d’expérimentation, les membres de la communauté énergétique Harmon’Yeu viennent d’acheter à Engie les 64 panneaux solaires photovoltaïques installés par l’énergéticien en 2020. Ils en assurent désormais la gestion et autoconsomment la quasi-totalité de leur production.
Pour tous ses besoins, l’Île d’Yeu est dépendante du continent. Que ce pour l’alimentation, l'eau, la gestion des déchets, et bien sûr l’énergie… Consciente de ce problème, la collectivité, reliée au réseau électrique hexagonal par trois câbles de 20 km, multiplie depuis plusieurs années les initiatives en faveur de sa transition. C’est dans ce contexte que le projet Harmon’Yeu a vu le jour en 2020. « Son objectif était d’explorer le principe de l’autoconsommation collective sur des clients résidentiels. Nous voulions monter une première expérimentation pilote avec plusieurs intentions : tester la réglementation qui était assez nouvelle, tester la technologie, et déterminer l’appétence, la compréhension, les résistances éventuelles de particuliers sur ce dispositif », explique Audrey Dugal, directrice du développement d’Engie France BtoC. Le but était également de voir comment répliquer cette expérience ailleurs.
Trois années de test
Voici trois ans, 64 panneaux solaires photovoltaïques développant une puissance de 23 kWc ont été installés par Engie sur les toitures de cinq pavillons situés dans le quartier de Ker Pissot. La production s’est élevée à 30 MWh par an en moyenne. Une batterie de 15 kWh a été mise en place pour absorber les surplus non consommés par la communauté, composée non seulement des cinq producteurs, mais aussi de dix-huit voisins exclusivement consommateurs. En outre, six ballons d’eau chaude ont été programmés pour se déclencher au moment de la production solaire. L’ensemble était géré par un système de pilotage en temps réel.
Si la production n’a pas couvert tous les besoins en électricité des 23 foyers participants, elle leur a permis de réaliser en moyenne des économies sur facture de 40 % pour les producteurs et entre 10 et 15 % pour les consommateurs qui ont au passage changé leurs habitudes. « Cette installation a influencé les usages électriques. Les clients se sont adaptés à la production solaire en utilisant par exemple leurs lave-linges lors des moments de production », précise Audrey Dugal. Durant la phase d’expérimentation (2020- 2022), le projet a été intégralement financé par Engie. Une fois celle-ci terminée, les membres de la communauté ont souhaité poursuivre l’opération.
L’énergéticien les a donc accompagnés et leur a vendu les panneaux photovoltaïques. Les habitants se sont depuis constitués en association et assurent la gestion de leur équipement eux-mêmes. Celui-ci s’est d’ailleurs considérablement simplifié. « Nous ne pilotons plus les ballons d’eau chaude et nous avons désinstallé la batterie : elle n’était pas nécessaire car il y a assez de consommateurs pour utiliser l’électricité produite », précise Daphné Olivaux, cheffe de projet autoconsommation chez Engie France BtoC. En effet, lors de l’expérimentation, 96 % de la production a été consommée sur place.
Le partage d’énergie est géré par Enedis via le compteur Linky qui comptabilise les échanges de flux entre ce que les producteurs injectent sur le réseau et ce qui est partagé entre les consommateurs. Tous les échanges sont facturés par l’entreprise Enogrid . Les panneaux devraient être rentabilisés d’ici quinze ans maximum, notamment grâce à une avancée réglementaire : le décret d’octobre 2021 a permis à l’autoconsommation collective d’être éligible à la prime à l’investissement et aux tarifs de rachat du surplus sur le réseau. Cette évolution a stimulé la filière : 200 opérations d’autoconsommation collective sont d’ores et déjà en service et 300 sont en projet dans toute la France.