Une brasserie qui mise sur la sobriété
© Brasserie du Pays FlamandLa Brasserie du Pays Flamand mène de nombreuses initiatives afin de moins consommer et de se décarboner : récupération de chaleur fatale, installation de panneaux photovoltaïques, récupération des déchets pour les expédier vers une unité de méthanisation… Elle pourrait également se doter d’une chaudière biomasse brûlant du miscanthus.
La Brasserie du Pays Flamand a été fondée en novembre 2006. D’abord implantée dans des locaux modestes dans le village de Blaringhem, l’entreprise a construit en 2018 un site de production beaucoup plus important à Merville (Nord) afin de répondre à la demande croissante. En effet, les bières qu’elle produit ont connu un succès grandissant, jusqu’à l’élection il y a deux ans de l’Anosteké comme meilleure bière du monde. Pour autant, le groupe n’a pas seulement des ambitions gustatives. Il cultive également une vision vertueuse de son activité sur le plan environnemental. « Nous avons choisi de bâtir notre nouvelle brasserie sur une friche industrielle Seveso polluée plutôt que sur une zone d’activité pour éviter d’empiéter sur des terres cultivables », explique Mathieu Lesenne, co-créateur de la brasserie avec Olivier Duthoit. C’est sur ce site de 5 000 m² que le groupe a mis en place des actions en faveur de sa décarbonation.
Économiser et verdir l’énergie
Brasser demande beaucoup d’énergie lors de différentes étapes, notamment pour générer de la vapeur et de la chaleur. Sur le site, une chaudière gaz s’en charge. Elle consomme 1 GWh de méthane par an. Dans une cuve, les brasseurs mélangent de l’eau et du malt afin d’obtenir de la maische qui est filtrée pour produire un moût. Celui-ci est alors est porté à ébullition. « Pour économiser de l’énergie lors de ce processus, l’usine s’est dotée d’un bloc chaud qui permet une ébullition dès 98 °C en créant un phénomène de dépression », précise Mathieu Lesenne. Une fois que le moût a bouilli, il faut le refroidir grâce à de l’eau qui circule dans un serpentin plongé dans la cuve jusqu’à ce que sa température se stabilise à 25 °C, une tiédeur idéale pour que les levures fermentent. Pour d’avantage d’efficacité énergétique, cette eau est stockée dans un réservoir de 160 hectolitres et peut servir pour les brassins suivants. Elle permet également, via un échangeur, de chauffer les bureaux : 138 MWh sont économisés grâce à cette initiative.
Une fois la bière mise en bouteille, elle fermente de nouveau afin de former des bulles à l’aide du sucre et des levures restantes. Pour cela, elle est placée dans une pièce dédiée, toujours à 25 °C. « Nous la chauffons grâce à la chaleur récupérée sur nos groupes froids, ce qui évite de gaspiller 346,4 MWh par an », détaille Mathieu Lesenne. La brasserie est équipée de ces groupes car elle produit des bières de garde qui doivent être stockées au moins dix jours à 2 °C. Au total, la consommation annuelle d’électricité atteint 0,9 GWh, principalement pour la réfrigération et pour le conditionnement. Compte tenu de ce besoin important en électron, le site doit très prochainement se doter de 2 500 m² de panneaux photovoltaïques sur son toit. L’installation, qui doit être mise en service par Reservoir Sun, développera une capacité de 280 kWc et sera munie de batteries. Sa production annuelle est estimée 265 MWh. Elle sera intégralement autoconsommée.
Valoriser la biomasse
La brasserie génère un certain nombre de déchets valorisables. Une fois le moût obtenu, il reste des drèches (résidus de céréales). Puis, lorsque les fermenteurs sont sur place, ces résidus sont mélangés notamment à des bouses et du lisier. Chaque année, cette unité produit 14,75 GWh de biométhane injectés dans le réseau. Dans un avenir proche, la Brasserie du Pays Flamand souhaiterait aller plus loin dans l’utilisation de la biomasse. Elle envisage d’installer une chaudière dans laquelle elle pourrait brûler du miscanthus. En effet, un agriculteur a planté 10 hectares de cette plante à proximité. Compte tenu des prix du gaz, ce projet pourrait se révéler intéressant, non seulement du point de vue écologique mais aussi économique.