Le système énergétique ne pourra se priver de stockage

16 02 2023
Tribune de Sébastien Abdelnour et Xavier Romon, respectivement chargé de mission et délégué général du club Stockage d’énergies de l’ATEE.
Corsica Sole
club stockage

L’ensemble des rapports d’experts converge vers un consensus clair : il faut décarboner notre système énergétique et revoir notre méthode de consommation. Le stockage d’énergies représente un des outils clés pour la réussite de cette transition.

Lorsqu’on évoque le stockage d’énergies, on pense aux batteries ou aux piles. Ce ne sont pourtant pas les seuls moyens d’en stocker. Par exemple, nos ballons d’eau chaude représentent plus de 18 GW de puissance installée répartis dans les logements. Ils nous permettent d’avoir de l’eau chaude en quantité suffisante tout en déplaçant dans le temps leur recharge pour soulager le réseau. Les 5 GW de stations de transfert d’énergie par pompage (Step) ont quant à elles déjà fait leur preuve au sein de l’Hexagone. Toutefois, leur gisement global d’ici 2035 n’est estimé qu’à 8 GW par Réseau de transport d’électricité (RTE).

99 TWh s’évaporent chaque année

La filière partage des intérêts avec les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le photovoltaïque. Face à leur intermittence , le stockage permet de déplacer leurs productions sur différentes périodes de temps en fonction de la mobilisation d’une batterie, d’une Step ou d’une installation Power-to-gas. La diversité des technologies de stockage permet d’étendre leur champ d’action au-delà du réseau électrique et gazier. La chaleur dans l’industrie est une ressource cruciale, qu’elle soit produite à partir de gaz ou d’électricité.
Pourtant, chaque année, 99,6 TWh de chaleur fatale sont perdus. Des systèmes de stockage thermique sensible, latent ou thermochimique permettent de capter les gisements continus et discontinus. Ils peuvent les stocker et les convertir en une source de chaleur restituable en fonction des besoins de l’industriel de manière maîtrisée et décarbonée.

Mobilité électrique

L’avènement du véhicule électrique ne se fait en outre pas attendre, et chaque modèle est équipé d’un pack de batteries conséquent. Une étude, publiée en 2019 par RTE et l’Avere-France montre qu’en 2035, la consommation annuelle des véhicules électriques représentera jusqu’à 8 % de la production totale d’électricité en France, avec près de 40 TWh par an répartis sur 15,6 millions de véhicules. Ce marché devrait encore s’accélérer avec le vote en 2022 du Parlement européen en faveur de l’interdiction de la vente de véhicules neufs à moteur essence ou diesel d’ici 2035.

Aujourd’hui, on dénombre quelques projets français de gigafactories pour produire des batteries. Suffiront-ils à répondre aux besoins du marché français ? Et que ferons-nous de toutes ces batteries lorsqu’elles seront en fin de vie ? Pour l’instant, la recherche est en cours. Elle ne parvient pas à définir les pistes industrielles solides et rentables pour le recyclage — aujourd’hui très complexe et quasiment au cas par cas en fonction du panel de technologies utilisées par les différentes marques — ou pour une nouvelle vie avec un usage stationnaire.

Optimiser l’autoconsommation

Enfin, un nouvel usage prend de l’importance, celui de l’autoconsommation. La peur du black-out de cet hiver et le besoin d’indépendance face au réseau et aux sources d’énergies fossiles comme le gaz russe ont fortement influencé la dynamique d’installation solaire. Enedis a raccordé 97 740 nouvelles installations solaires, soit 99,8 % des raccordements EnR pour 2022. Une augmentation de 188 % par rapport à 2020 et de 61 % par rapport à 2021. Sur le dernier trimestre de 2022, plus de 98 % du photovoltaïque a été raccordé pour une autoconsommation totale et en surplus.
Comme, dans le résidentiel, sa production d’électricité est le plus souvent différée des besoins, il faudrait, dans la logique d’optimiser l’autoconsommation, installer systématiquement des systèmes de stockage d’énergie en parallèle. Pourtant, en France ce n’est quasiment jamais le cas. L’absence de subvention et les tarifs de rachat ne favorisent pas ce développement. Notre voisin allemand, où il existe des subventions à l’investissement pour le résidentiel, a huit fois plus de capacité de stockage électrique.

En Californie, des crédits d’impôt (ITC) sont mobilisables pour le couplage stockage-PV. Il faut évidemment comparer avec une grande précaution ces pays qui n’ont pas le même réseau électrique. Mais on peut tout de même s’interroger sur la tendance qui se dessine. Elle nous permet d’apercevoir un avenir où le stockage d’énergie aurait une place centrale dans le système énergétique

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