Une première exposition permanente sur le dérèglement climatique en France

05 06 2023
Léa Surmaire
© A Robin et N. Breton/EPPDCSI

Créée par la Cité des sciences et de l’industrie, l’exposition « Urgence climatique », avec le plus de pédagogie possible, dresse le bilan de nos émissions de gaz à effet de serre actuelles, explique les scénarios envisagés par les institutions nationales et internationales puis expose des moyens d’action.

Pour la première fois en France, une exposition consacrée à la transition écologique sera permanente. Inaugurée mi-mai à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, elle se nomme « Urgence climatique ». Celle-ci a été créée avec l’appui d’un commissariat de douze scientifiques, présidé par Jean Jouzel. Ce paléoclimatologue français est notamment directeur émérite de recherches au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), lauréat de la médaille d’or du CNRS et membre de l’Académie des sciences et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). C’est lui, avec Claude Lorius, qui avait publié l’une des premières études établissant formellement le lien entre concentration de CO2 dans l’atmosphère et réchauffement climatique en 1987. « Nous sommes partis du postulat selon lequel le changement climatique existe et a déjà été prouvé scientifiquement », expose Adrien Stalter, le commissaire de l’exposition. Selon lui, « nous sommes donc maintenant au delà, dans la lutte ». Après une fresque évoquant les origines des émissions de gaz à effet de serre (GES), une table d’orientation présente au visiteur trois différents parcours : « décarbonons », « anticipons » et « agissons ». 

Décarbonons

Dans le premier espace, « décarbonons », le visiteur, qu’il soit grand ou petit, découvre les enjeux de la réduction des émissions de GES dans trois thèmes du quotidien : les villes, les mobilités et les systèmes alimentaires. En effet, bien que les premières ne couvrent que 2 % de la surface de la Terre, elles sont responsables de plus de 70 % des émissions de GES dans le monde. L’exposition commence ainsi par une sculpture de données représentant le bilan carbone de Paris, avec ses émissions directes et indirectes, c’est-à-dire celles produites directement sur son territoire et celles générées en dehors du fait de ses activités. « Ses émissions directes sont de 5,3 millions de tonnes d’équivalent CO2. Si l’on ajoute les émissions indirectes, on arrive à 21 MtCO2, dont 7 MtCO2 pour le transport aérien et 4 MtCO2 pour l’alimentation », illustre Adrien Salter. Au-delà de la présentation de ces rejets, des experts sélectionnés par le comité scientifique analysent la question de l’adaptation des villes au changement climatique et de leur transition écologique (phénomènes climatiques extrêmes, limitation de l’étalement urbain, augmentation des transports collectifs, etc.).

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Crédits : A Robin et N. Breton/EPPDCSI

Sur le thème du transport, secteur le plus émetteur de France, l’empreinte carbone des divers moyens de locomotion est abordée. « Il est également important de réfléchir sur la qualité des données produites. Par exemple, celles du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) pour illustrer le secteur aérien ne prennent en compte que les vols intérieurs, et pas les internationaux », précise le chef de projets. Dans une série d’interviews, des experts scientifiques reviennent également sur les nouvelles mobilités, leurs cycles de vie et leurs limites technologiques. Pour matérialiser l’accompagnement politique, une carte européenne compare la quantité d’infrastructures cyclables sur les routes européennes. Dernier angle de décarbonation abordé : l’alimentation. Objectif ? Aider le visiteur à visualiser l’impact carbone de ses assiettes. Un film met en lumière d’autres pratiques agricoles, plus saines et durables, telle que l’agroécologie, dont le but est d’assurer la production agricole tout en réduisant l’utilisation des intrants et en préservant les sols et l’eau. Cet espace se clos sur trois animations pédagogiques (manipulation de cubes, jeu de l’oie et portraits audio) qui permettent d’expliquer au visiteur les quatre scénarios de l’Ademe à l’horizon 2050. Dans « Génération frugale » par exemple, la transition est conduite principalement par la contrainte et la sobriété.

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Crédits : A Robin et N. Breton/EPPDCSI

Anticipons

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Crédits : A Robin et N. Breton/EPPDCSI

La deuxième partie, « anticipons », invite à découvrir les futurs possibles de la planète et les effets du réchauffement climatique établis par le Giec. Sur un globe interactif suspendu, les intéressés peuvent ainsi visualiser l’augmentation des températures d’ici 2100 mais aussi la montée des eaux et l’évolution des précipitations selon les scénarios 2.6 et 7.0. Puis, s’affichent les mécanismes d’érosion grâce à un dispositif de projection sur maquette ou encore la migration de la biodiversité face au changement climatique sur des panneaux. Dans cet espace, l’histoire des énergies est retracée : moulin à vent, biomasse, charbon, pétrole, photovoltaïque… « Nous avons souhaité aussi déconstruire une idée reçue. Comme Jean-Baptiste Fressoz l’a théorisé, nous ne connaissons pas de transition énergétique, mais une addition. En effet, les énergies renouvelables ne remplacent pas les fossiles, elles s’y ajoutent pour faire face à la demande croissante en énergie », argumente Adrien Stalter. Enfin, un film d’une vingtaine de minutes propose un saut dans le temps et en données sur diverses questions, comme l’épuisement des ressources à notre rythme de consommation actuel ou l’évolution de l’éducation par continent par exemple.

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Crédits : A Robin et N. Breton/EPPDCSI

Agissons

Le troisième espace, « agissons », illustre les dynamiques de mobilisation. Tout d’abord, un atelier propose au visiteur d’établir son propre bilan carbone, lui rappelant qu’il doit tendre vers 2,2 tCO2/an contre 8 t CO2/an en moyenne en France. Des panneaux lui précisent l’impact carbone du numérique tout au long du cycle de vie : la construction d’équipements, d’infrastructures, le fonctionnement des datacenters… Ensuite, pour « éviter l’éco-anxiété », les commissaires ont fait le choix de donner la parole à des citoyens engagés relatant leur prise de conscience, leurs modes d’actions et leurs changements de modes de vie. Mais, la dynamique doit surtout venir d’en haut. Pour expliquer les leviers des États sur la décarbonation, un film d’animation est diffusé. Puis, sur un jeu vidéo, les visiteurs peuvent incarner un conseil municipal votant pour l’aménagement de son littoral.

Universcience, l’établissement public français qui gère la Cité des sciences et de l’industrie, a agi également. Il a réduit l’empreinte carbone de cette exposition au maximum pour atteindre est de 330 tCO2. Comment ? En réutilisant du matériel audiovisuel par exemple ou encore grâce à la structure en bois français qui sert de support à tous les éléments muséographiques sans cloisons, ni cimaises superflues. Aussi, pour faciliter la seconde vie des matériaux, les dimensions choisies pour le bois répondent aux standards de construction des charpentes, les vernis ont été proscrits et l’assemblage mécanique des structures a été préféré. Jean Jouzel le martèle : « Je continue de dire qu’il y a toujours des solutions. En revanche, ce que j’affirme plus fort, c’est qu’elles sont pour aujourd’hui, et non pour demain. »

Cité des sciences
Crédits : A Robin et N. Breton/EPPDCSI

 

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