L’empreinte carbone du numérique pourrait tripler d’ici 2050

20 03 2023
Olivier Mary
Arcep/Ademe
Évolution des trois principaux critères de l’impact environnemental du numérique en 2030, comparés en 2020, selon la poursuite des tendances actuelles ou l’application d’actions de sobriété

Une étude prospective sur l’impact du numérique en France aux horizons 2030 et 2050 vient d’être remise au Gouvernement. Si rien n’est fait, l’empreinte carbone pourrait tripler d’ici le milieu du siècle.

En août 2020, le Gouvernement a confié à l’Ademe et l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) une mission consistant à mesurer l’empreinte environnementale du numérique en France et à identifier des leviers d’actions pour la réduire. Après avoir publié l’année dernière deux premiers volets consacrés à l’impact actuel du numérique, les deux organisations viennent d’en remettre un troisième dédié à diminuer l’empreinte de ce secteur jusqu’en 2050.

Dès la fin de cette décennie, si la tendance se poursuit, le trafic de données sera multiplié par six et le nombre d’équipements augmentera de 65 % par rapport à 2020. Par conséquent, les émissions de la filière connaîtront une hausse de 45 %, atteignant 25 millions de tonnes de CO2 équivalent. Quant à sa consommation d’énergie, elle augmentera de 5 %, soit 54 TWh par an. Enfin, les besoins en métaux et minéraux croîtront de 14 %. L’essor des objets connectés sera en grande partie responsable de cette progression.

Des leviers d'actions existent

Pour autant, cette tendance n’est pas inéluctable. L’Ademe a en effet élaboré trois scénarios permettant de contenir plus ou moins ces hausses d’ici 2030. Les principales hypothèses qui les différencient les uns des autres sont l’allongement de la durée de vie des équipements grâce à l’éco-conception, la réparation ou un usage plus sobre ; la limitation du nombre d’équipements et l’utilisation de produits reconditionnés ; la substitution progressive des équipements les plus gourmands en ressources.

La mise en œuvre d’une éco-conception « modérée » réduirait de 25 % la consommation électrique du numérique. Elle laisserait toutefois les émissions de GES croître de 20 %. Une éco-conception « généralisée » stabiliserait presque les rejets (+ 5 %) et amoindrirait les besoins en énergie de 42 %. Cependant, seul le scénario le plus ambitieux, qui est basé sur la sobriété, permettrait de rejeter moins de CO2. Il serait possible d’atteindre -16 %. Quant à la demande en énergie, elle baisserait de moitié.

Quatre scénarios pour 2050

D’ici 2050, l’expansion de la filière numérique pourrait être beaucoup plus inquiétante si la tendance actuelle se poursuit : + 187 % pour les rejets de gaz à effet de serre (49,4 Mt de CO2) ; + 79 % de besoin en énergie (93 TWh) ; + 59 % de consommation de métaux et minéraux. À cette échéance, l’Ademe a établi quatre scénarios de transition calqués sur son étude « Transition(s) 2050 » (voir Énergie Plus n°676)*. Celui baptisé « génération frugale » est de loin le plus ambitieux avec une réduction de 45 % des rejets de CO2 du secteur. Il repose sur des changements de comportements très importants par rapport aux habitudes prises depuis la démocratisation des nouvelles technologies. Il supposerait non seulement la mise en place de réglementations plus contraignantes, mais aussi une prise de conscience citoyenne généralisée sur la nécessité de modérer ses usages. Dans le cadre de ce scénario, les loisirs numériques sont limités et réduits au maximum en usage mobile.

Pour autant, l’ensemble de la société a accès à des services numériques prioritaires considérés utiles comme la santé, l’éducation, la mobilité ou la culture et dispose d’un réseau fixe fibre. À l’inverse, le scénario « Pari réparateur » dessine une accélération du numérique. Dans ce cas, ses émissions bondiraient de 372 % ! Le nombre d’équipements serait multiplié par 14 et celui d’objets connectés par 43 par rapport à 2020. Le besoin impressionnant en matériaux concurrencerait d’autres secteurs indispensables à la transition écologique et poserait la question de la raréfaction, voire de l’épuisement des matières premières. C’est peut-être ce point qui, au final, contraindra la société à la sobriété.

* Ils s’intitulent Génération Frugale, Coopérations territoriales, Technologies vertes et Pari réparateur

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