Penser un quartier bas carbone : l’exemple du Moulin du Pé à Saint-Nazaire

09 02 2023
Léa Surmaire
Air Studio/Agence Magnum

À deux pas du centre-ville, un nouveau quartier va être érigé sur la friche de l’ancien hôpital de Saint-Nazaire. Sonadev, le maître d’œuvre a choisi d’inclure l’impact carbone dans ses décisions.

Comment construire un quartier bas carbone ? C’est la question que s’est posée Thomas Boisseau, chef de projet pour la société d’aménagement Sonadev lors de la conception du quartier du Moulin du Pé à Saint-Nazaire, Loire- Atlantique (1). Situé sur le terrain de près de 9 hectares de l’ancien hôpital, cet ensemble comptera 467 logements en 2030, dont 30 % de logements « aidés » (10 % de logements sociaux et 20 % de logements bail réel solidaire) ainsi que des espaces verts. Pour connaître l’impact carbone de son édification puis des usages en son sein, le chef de projet a été aidé par le cabinet de conseil Inddigo.

Grâce à un outil interne qui s’appuie notamment sur Inies, la base de données d’analyse du cycle de vie des matériaux de construction, et GES OpAM, la méthode d’évaluation des gaz à effet de serre (GES) de l’Ademe, les ingénieurs d’Inddigo ont pu définir les postes les plus émetteurs de GES lors de la construction : les bâtiments et les parkings (2). Les usages futurs du quartier par les habitants inclus, la mobilité et les consommations énergétiques sont des scopes à surveiller d’encore plus près. Pour Clément Lenoir, architecte ingénieur pour Inddigo, le processus d’aménagement doit donc être pensé en ce sens. En effet, il recouvre la quasi-totalité des secteurs pour lesquels, selon la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), les rejets de GES doivent diminuer : quasiment de moitié pour le bâtiment d’ici 2030, d’un tiers pour la production d’énergie et de plus d’un quart pour les transports. 

Calculer l’empreinte carbone

Ainsi, même avant la construction, à l’étape de préparation des sols, l’analyse carbone a été utile. Depuis la déconstruction du complexe hospitalier en 2016, 88 m2 de béton concassé avaient été laissés sur site. « Notre étude nous a permis de nous rendre compte que l’évacuation des bétons (transport) représentait une empreinte carbone beaucoup plus importante que leur tri et réutilisation sur place », relate Thomas Boisseau.

Ensuite, pour définir les exigences environnementales, les maîtres d’ouvrage ont différencié les bâtiments en fonction de leur date de mise en chantier et de leur typologie (habitat individuel ou collectif). « Nous partons du postulat que la filière BTP doit encore se structurer sur les enjeux environnementaux et que nous pouvons lui demander plus dans cinq ans qu’aujourd’hui. Aussi, le niveau d’exigence sera moindre en termes de certifications pour les logements individuels que pour un immeuble de 80 logements par exemple », expose le chef de projet.

Penser le quartier avec un prisme bas carbone a également permis d’orienter les constructions en fonction de principes bioclimatiques. « L’objectif était de favoriser la lumière naturelle dans les pièces de vie tout en évitant la surchauffe l’été. Ce volet est intéressant pour réduire les coûts énergétiques des ménages, qui auront un budget serré dans ce quartier. Nous avons également traité la question des vents pour proposer des espaces de vie extérieurs praticables toute l’année », expose Thomas Boisseau. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise pour le volet énergie.

Des parkings réhabilités

Concernant la mobilité, les ingénieurs ont choisi de préserver les parkings de l’hôpital pour éviter de les raser puis de les reconstruire. Privilégier une remise en l’état plutôt que du neuf pour la majorité des logements permettrait selon eux de diviser par dix l’empreinte carbone. Ainsi, avec des véhicules plus éloignés de leur domicile que d’ordinaire (200 mètres maximum), les habitants devraient modifier leurs comportements pour les trajets du quotidien. D’autant plus que le quartier a été pensé avec des commerces, des transports en commun et des lieux d’éducation et de vie à deux pas pour éviter la motorisation au quotidien.

(1) Toutes ces informations sont tirées de la webconférence « Approches Quartiers bas carbone, constructions et usages durables ? » de l’APCC du 13 décembre 2022.
(2) Dorénavant, l’outil de référence pour cet usage est UrbanPrint, développé dans le cadre de la méthode Quartier Énergie Carbone de l’Ademe (voir Énergie Plus n°685).

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