Les Vosgiens convertissent leur incinérateur à l’efficacité énergétique
© Jérôme Baudoin/SuezL’usine d’incinération des déchets de Rambervillers (Vosges) a été transformée en unité de valorisation énergétique par le groupe Suez. La nouvelle installation inaugurée le 2 décembre a mobilisé un investissement de 70 millions d’euros.
Trois ans de chantier et plus de 70 millions d’euros d’investissement auront été nécessaires pour booster l’efficacité énergétique de l’incinérateur de Rambervillers (Vosges), à 30 kilomètres d’Épinal. La nouvelle unité de valorisation énergétique (UVE) baptisée Feniix, a été inaugurée le 2 décembre dernier par le syndicat mixte de gestion des déchets ménagers Évodia, maître d’ouvrage et le groupe Suez, en charge des travaux et de l’exploitation de cette unité pendant vingt-cinq ans.
Construite en 1982, l’usine d’incinération, la dernière en activité du département, valorisait déjà en électricité une partie de la vapeur produite par la combustion des ordures ménagères résiduelles (OMR). Les travaux ont permis d’aller encore plus loin, en substituant aux trois lignes d’incinération existantes, un équipement unique, plus performant sur les plans énergétique et environnemental. La nouvelle UVE a porté le rendement énergétique de 54 % à 79 %.
Dans le détail, la vapeur haute pression générée par la combustion des déchets est convertie en électricité via un groupe turboalternateur, mais aussi en chaleur via un échangeur thermique. Les électrons réinjectés dans le réseau couvrent l’équivalent de la consommation d’une ville de 60 000 habitants (47 GWh par an). L’eau réchauffée à 150 °C alimente pour sa part en chauffage 19 équipements publics (7 GWh par an). La modernisation de l’usine d’incinération s’est en effet accompagnée de l’aménagement d’un réseau de chaleur urbain de 6 km construit et exploité par Engie-Cofely pour un investissement de 3,6 M€.
Baisse de 10 % de capacité
« Face aux défis environnementaux et énergétiques cruciaux auxquels nous faisons collectivement face, Suez se mobilise pour proposer des équipements performants au service de la transition énergétique et du développement durable du territoire », souligne Guillaume Bomel, directeur-général en charge des infrastructures de tri et de valorisation chez Suez.
La modernisation de l’incinérateur vosgien a par ailleurs été synonyme de réduction de 10 % des capacités de traitement, soit 86 000 tonnes par an. « La production de déchets ultimes baisse de manière continue depuis dix ans en France et sur notre territoire. Elle a conduit à fermer quatre des cinq incinérateurs vosgiens. Cette nouvelle UVE est un outil en phase avec notre stratégie d’économie circulaire et de lutte contre le gaspillage », indique Annick Laurent, directrice d’Évodia.
Si les deux lignes d’incinération les plus anciennes ont été déconstruites à Rambervillers, la plus récente a été mise sous cocon, afin de pouvoir être réactivée en cas de tensions sur les capacités d’incinération dans le Grand Est. Ces derniers mois, la baisse de la production de déchets non recyclables avait en effet atteint un palier. « Avec une production annuelle de 95 000 t d’OMR, Évodia était contraint d’envoyer 10 000 t par an de déchets vosgiens dans les UVE des départements voisins. Depuis cet automne, avec l’inflation et la hausse des prix des énergies, les ménages consomment moins, du coup nous saturons l’UVE de Rambervillers sans avoir besoin d’exporter nos déchets », poursuit la directrice-générale d’Évodia.
Baisse de taxe TGAP
Les gains générés par Feniix seraient aussi d’ordre économique. Le choix de valoriser énergétiquement les ordures ménagères plutôt que de les enfouir, conjugué à celui de se doter d’une UVE à haute performance permettrait à Évodia de bénéficier du plus bas taux de taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) prévu par la réglementation, soit 11 € par tonne en 2022. De même, les recettes de la production d’électricité minoreraient le coût de traitement. « Avec Feniix nous avons pu descendre d’un palier de TGAP. Il en résulte que le tarif facturé aux collectivités en 2022 est identique à celui de 2014 », conclut Annick Laurent.