De l’hydroélectricité dans les tuyaux
SocSur la commune de Salles (79), Soc installera et testera à partir de mi 2023, une centrale de conversion hydroélectrique innovante. Si les résultats sont concluants, cette solution qui assure la double fonction de pompage et de turbinage, pourrait trouver place dans de nombreux sites de gestion de l’eau.
En 2010, Joseph Antoine Paoli décrochait le Grand prix du Concours Lépine pour son procédé baptisé Hydroforce, un appareil capable à la fois de pomper et turbiner. Treize ans après, ce dispositif de production d’hydroélectricité va être mis en œuvre dans les Deux-Sèvres. C’est la société Soc, filiale du groupe de BTP NGE et détentrice de l’exclusivité du brevet en France, qui installera, en partenariat avec le Syndicat des eaux du Sertad, cette solution dans une station de pompage. Celle-ci distribue de l’eau potable à plusieurs centaines de foyers de la commune de Salles. La principale caractéristique de l’Hydroforce ® réside avant tout dans sa double fonction pompage/turbinage.
Piloté de façon automatique par un système contrôle/commande, conçu par Soc, le module va pouvoir turbiner pendant certaines phases de la journée, et pomper à d’autres. « La pompe, tout en assurant sa fonction première, pourra ainsi produire de l’électricité qui sera ensuite autoconsommée ou revendue pour être réinjectée dans le réseau général », souligne Benoît Poinsot, président directeur général de Soc. À Salles, le démonstrateur qui devrait rester à demeure à terme, permettra à Soc de continuer à tester et améliorer la technologie. « C’est davantage de l’optimisation que du développement », précise toutefois Benoît Poinsot. Avec le Sertad, la filiale de NGE a également décidé d’ajouter au démonstrateur un module solaire photovoltaïque pour une production d’électricité renouvelable supplémentaire, toujours dans une optique d’autoconsommation. La puissance des modules PV envisagée est de 28 kWc. Selon l’entreprise, le démonstrateur pourrait générer jusqu’à 33 000 kWh chaque année. 90 % de cette production sera autoconsommée, en alimentant principalement une usine de production de chlore située à proximité. Au total, cela représentera 25 % de dépenses d’énergie en moins pour ce site.
Démontrer la pertinence
À travers ce démonstrateur, Soc souhaite valider la configuration choisie et ainsi démontrer la faisabilité de cette technologie. De nombreux sites de gestion de l’eau, que ce soient des stations de production d’eau potable, des retenues collinaires, des châteaux d’eau, des systèmes de captage ou encore d’irrigation, pourraient accueillir le procédé Hydroforce®. À partir de 3 bar de pression et d’un débit de 50 m3/h, il devient intéressant d’évaluer la pertinence de ce dispositif. Cette solution aurait également un avenir dans le secteur industriel, dont certaines activités très gourmandes en eau nécessitent d’être équipées d’un réseau similaire à celui de collectivités.
Hydroforce® pourrait en outre concurrencer les dispositifs de turbinage mis en place entre une source et un réservoir, généralement en montagne. « Les exploitants de réseau d’eau potable peuvent avoir certaines réticences à utiliser des systèmes de turbines qui sont des organes bien moins connus que les pompes. On propose donc une vraie alternative », avance Benoît Poinsot. De plus, cette solution présente un autre avantage par rapport aux turbines : elle dispose, comme les pompes plus traditionnelles, d’une Attestation de conformité sanitaire (ACS), obligatoire pour tout appareil en contact avec de l’eau potable. Reste enfin la question financière. « Le démonstrateur a un certain coût, estimé à 200 000 euros, car il s’intègre dans un environnement qui n’avait pas été réfléchi au départ pour du pompage/turbinage. Mais dans le cas où la construction d’une station de pompage prend en compte dès le départ cette potentialité, le surcoût sera limité », conclut le PDG de Soc.