Tertiaire : Narbonne s’appuie sur des jumeaux numériques
Bernard Delmas/Ville de NarbonneComment atteindre les objectifs d’économies d’énergie imposés aux bâtiments tertiaires ? En simulant différentes trajectoires pour choisir la plus optimale. C’est la méthode retenue par la Ville de Narbonne. Avec l’appui de la société Lowit, elle a modélisé un parc de 58 bâtiments pour hiérarchiser ses actions.
« Il nous fallait savoir où investir pour aller chercher des financements », raconte Guy Clergue, adjoint au maire délégué aux bâtiments communaux et aux services techniques. Pour cela, la sous-préfecture de l’Aude a fait appel à la solution logicielle de Lowit, qui optimise la trajectoire énergétique des bâtiments tertiaires. Lowit a ainsi modélisé 35 sites dans la ville totalisant 58 bâtiments assujettis au décret tertiaire, pour une surface cumulée de 79 559 m² et une consommation de 8 GWh, tous vecteurs énergétiques confondus. Sa solution s’appuie non seulement sur des audits énergétiques mais aussi sur les jumeaux numériques des bâtiments : leur modélisation permet de simuler plusieurs plans d’actions, de simples changements de comportement jusqu’à de lourds investissements.
Une variante adoptée
Sur cette base, la start-up fondée en 2020 a proposé à Narbonne trois scénarios réduisant sa consommation de 23 à 28 %, selon les plans d’action déployés, et son empreinte carbone de 46 à 53 %. Ces trois scénarios se différenciaient par la stratégie mise en œuvre. Le premier cas de figure consistait à intervenir sur chaque bâtiment, pas à pas. Deuxième option : privilégier des actions, voire des bouquets d’actions, minimisant le temps de retour sur investissement. Enfin, la troisième proposition visait à limiter le nombre de bâtiments concernés et y privilégier des rénovations complètes et performantes.
« Pour choisir un scénario, nous nous sommes basés sur le ratio entre l’investissement pour la collectivité et les économies d’énergie atteignables », témoigne David Delbourg, directeur du bâtiment de la Ville. Après réflexion, c’est finalement un quatrième scénario qui a été retenu. La simulation a certes porté sur une grande variété de bâtiments : établissements culturels, sportifs ou scolaires, bureaux ou encore entrepôts. Mais l’analyse a démontré que l’un d’entre eux était particulièrement énergivore : le palais des sports, des arts et du travail. Il accueille différents types de manifestations et représente à lui seul 27 % des consommations du parc modélisé. La mairie a décidé de mettre l’accent sur sa rénovation globale.

GPS énergétique
La spécificité de la solution proposée par Lowit est de pouvoir ajuster le plan à tout moment et d’évaluer l’impact sur la nouvelle trajectoire de baisse des consommations. « Si le prix de l’énergie ou les aides publiques évoluent, ou bien si l’on décide d’installer un autre équipement que celui prévu, le scénario peut être ajusté », présente Thomas Lagier, cofondateur de l’entreprise. Cet outil aide ainsi les gestionnaires des bâtiments à tenir compte, dans la définition de leur stratégie, des contraintes évolutives. Dit autrement, à piloter leurs consommations de façon dynamique. Ce qui amène le dirigeant à présenter sa solution comme un « GPS énergétique » permettant à ses clients de s’approprier et d’internaliser la réflexion.

À la mairie de Narbonne, on se montre tout de même prudent : « les experts de Lowit vont nous accompagner sur deux ou trois ans pour suivre la mise en œuvre des actions et vérifier que nous sommes sur la bonne trajectoire », signale David Delbourg. Il faut dire que l’enjeu est de taille : la facture énergétique de Narbonne atteignait 2 millions d’euros par an et a grimpé à 3 M€ avec l’envolée des prix sur le marché. À titre de comparaison, elle a budgété 1,3 M€ par an pour la transition énergétique de son patrimoine bâti. L’objectif est de revenir dès que possible à la facture d’avant crise grâce aux économies d’énergie et au retour progressif des prix à un niveau plus « normal ».