Les faiblesses des projets forestiers bas carbone
AdobeStockL’association de protection des forêts canopée publie un rapport assez critique sur les projets forestiers labellisés bas carbone. Elle pointe notamment le manque de préservation de la biodiversité, les garanties insuffisantes et le manque de transparence de ce label.
En 2018, l’État a créé le Label bas carbone (LBC). Il vise à certifier des méthodes d’évitement d’émissions et de séquestration du carbone (voir Énergie Plus n°675) afin de répondre aux critiques sur les projets de compensation controversés en proposant un cadre plus rigoureux. Actuellement, 99 % des projets issus des méthodes forestières sont des plantations. Un rapport, publié par l’association de protection des forêts Canopée, analyse les atouts et faiblesses des mécanismes permettant de générer des unités de séquestration de carbone forestier, appelées les réductions d’émissions (RE). Parmi les points forts du dispositif, l’association met en avant son pilotage par les pouvoirs publics. Elle approuve également l’interdiction d’échange de RE, car cela écarte d’éventuels risques de fraudes liés à l’intégration à un marché carbone.
Manque de transparence
Pour le reste, le rapport est assez critique. Tout d’abord, il estime que le LBC n’intègre pas suffisamment les enjeux de préservation de la biodiversité. En effet, s’il prévoit la mise en œuvre d’un diagnostic sur cette question et l’interdiction d’un certain nombre de pratiques dommageables au sol comme le dessouchage ou la récolte des rémanents, de nombreuses dérogations sont possibles et les contrôles sont plutôt rares par manque de moyens dans les Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Par exemple, un projet de balivage (cela consiste à choisir les plus beaux arbres, les baliveaux, qui doivent être conservés lors des coupes) dans l’Aveyron a été labellisé alors qu’il prétend séquestrer 269 tonnes de CO2 par hectare, soit cinq à dix fois plus que des projets analogues, ce qui aurait a priori dû alerter les autorités.
Canopée dénonce aussi l’intégration de la substitution. En effet, le mécanisme labellise non seulement les tonnes de carbone séquestrées par les arbres mais aussi celles évitées en utilisant du bois d’œuvre. Telle qu’elle est comptabilisée, la substitution encourage une sylviculture de moindre qualité en favorisant le raccourcissement de la durée de rotation des peuplements. Car plus on récolte des arbres jeunes, plus un projet génère des certificats LBC grâce à la substitution. « Par exemple, pour une plantation de pins maritimes dans les Landes de Gascogne passée en coupe rase 25 ans après sa plantation, la quantification de la séquestration sera de 283 tCO2/ha, alors que si elle est coupée 32 ans après sa plantation la séquestration est évaluée à 229 tCO2/ha », regrette l’association. De plus, la substitution entraîne un risque de double compte : une même tonne de carbone peut être comptée une fois lors du boisement et une fois lors de la valorisation du bois.
Des coupes rases peu pertinentes
Enfin, le rapport déplore la méthode de reconstitution de peuplements forestiers dégradés. Celle-ci, particulièrement controversée, permet de transformer -par coupe rase suivie d’une plantation- des peuplements pourtant encore améliorables. « Considérer qu’un peuplement est en situation de “dépérissement intense” parce que 20 % des arbres présentent au moins 50 % de perte foliaire est très abusif », regrette Canopée. « Dans le cas d’une tempête, le seuil pour justifier une coupe rase est fixé à 40 % de destruction des arbres, ce qui revient à condamner à la coupe rase un peuplement avec 60 % d’arbres encore debout », insiste l’association. Pour améliorer le label, elle formule quelques propositions. Elle suggère de promouvoir la sylviculture mélangée à couvert continu, de laisser les arbres pousser plus longtemps et de favoriser la régénération naturelle. De plus, elle préconise de mieux combiner le LBC avec l’ensemble des incitations publiques et privées existantes.