L’animation territoriale : une nécessité pour la transition écologique

22 11 2021
Noélie Coudurier
Grenoble Alpes Métropole
La formation des acteurs locaux semble être une étape nécessaire pour une animation territoriale réussie.

Entre l’identification des solutions et leurs mises en oeuvre, les démarches des collectivités locales pour porter leur projet de territoire en transition relèvent souvent du tour de force. Face à l’urgence de construire un nouveau projet de société, les besoins en animation territoriale se font donc plus pressants que jamais.

Porter son projet de territoire en transition n’est pas une sinécure. Seulement voilà : malgré l’approche transversale qu’exige la transition écologique, et le fait que la période 2020-2026 apparaisse comme un tournant dans la planification de celle-ci, les collectivités ne sont pas outillées de la même manière. En fonction de leur taille, de leur nature, de leur localisation géographique, du jeu d’acteur qui s’opère sur le territoire, toutes ne partent pas avec les mêmes cartes en main. Dès lors, l’animation territoriale est capitale pour ne laisser personne sur le bord du chemin. Le problème, c’est qu’elle se heurte à une série d’embûches.

Simplification des démarches

Sur le papier, l’accompagnement apporté aux collectivités pour penser et mettre en œuvre leur transition est bien balisé. « Il faut distinguer les dispositifs qui relèvent du national ou du local de ceux qui sont d’ordre volontaire ou réglementaire », pose d’emblée Éric Vésine, chef du service des politiques territoriales au sein de l’Ademe. À une échelle européenne et nationale, on retrouve donc respectivement la Convention des maires pour le climat et l’énergie, les plans climat air énergie territoriaux (PCAET), les contrats de relance et de transition écologique (CRTE, voir Énergie Plus n°669) et le programme « Territoire engagé pour la transition écologique ».

Au niveau régional, des dynamiques variées se sont installées, revêtant des ambitions un peu différentes, à l’image des territoires à énergie positive (Tepos) et des territoires économes en ressources. À la manœuvre, sont présents tour à tour l’Agence nationale de cohérence territoriale, l’Ademe, l’Agence nationale de l’habitat, les intercommunalités, les conseillers en énergie partagée… « Cela donne l’impression d’actions non coordonnées, mais en réalité on cherche à simplifier le parcours des collectivités, justifie Éric Vésine. On fait en sorte que les outils mis à disposition et leurs “cœurs techniques” répondent aux différentes ambitions locales. » Une intention louable, mais peu perceptible de l’extérieur. Sur le terrain, pour les collectivités qui n’ont pas la chance d’avoir de services dédiés à ce travail exploratoire, cette galaxie de dispositifs et d’acteurs est loin d’être évidente.

Animation territoriale indéchiffrable

Mais par où prendre le problème de la crise climatique ? Quelles sont les opportunités de financement ? De quelle manière entrainer les différents protagonistes locaux dans cette réflexion ? Autant de questionnements que consigne la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) et l’association Cler-Réseau pour la transition énergétique. Pour Charlotte Tardieu, responsable des projets énergie et territoires au sein de cette dernière, « il faut savoir ce qui existe, où cela se trouve, et comment le capter. Même les ministères ne parviennent pas à nous donner de cartographie claire. Quand il y a une forte vision politique, ça fonctionne au coup par coup. Sinon c’est compliqué. »

Une enquête menée en juillet par l’Association des petites villes de France et la banque France Locale sur le financement de la transition écologique par les petites et moyennes collectivités confirme cette impression. Les collectivités font part de quatre freins majeurs : le défaut d’ingénierie, le contexte budgétaire et financier, les interrogations sur l’échelle pertinente pour conduire la transition, des impératifs politiques et économiques orientés sur le court terme.

Ingénierie versus animation

Un défaut majeur repose sur l’absence d’une entité qui puisse donner une vision d’ensemble de la transition écologique sur un territoire et mettre l’ensemble des acteurs en mouvement. « Il y a sans doute un tropisme trop fort lorsque l’on recrute. On recherche une personne qui soit solide techniquement, alors qu’il serait parfois préférable d’avoir une personne douée sur le montage de dossiers financiers ou sur le marketing territorial », concède Guillaume Perrin, chef adjoint du département transition énergétique à la FNCCR.

Même son de cloche du côté de Pierre Leroy, président du pôle d’équilibre territorial et rural du Grand Briançonnais. « On ne renie pas les services importants qu’apportent des structures comme le Cerema et l’Ademe : il s’agit de nous donner des bases techniques, de nous aider à structurer une pensée sur un territoire. Mais ces organismes ne sont pas sur le terrain et ne couvrent pas tous les besoins. Il nous faut ensuite du temps et investir sur l’humain. » En somme, une mission à la croisée des problématiques « qui assure aussi bien la définition du projet, que la mobilisation des parties prenantes, le montage des dossiers, la rédaction de fiches action, la recherche de solutions techniques, la planification, le déploiement, l’organisation de réunions publiques, liste Charlotte Tardieu. L’animation territoriale, c’est orchestrer toutes ces attentes-là. »

Hiatus budgétaire

Dans un contexte de baisse généralisée des dotations, de montée en compétences obligatoires et d’aides d’État ponctuelles, la question du financement local de la transition écologique est capitale. Et les collectivités ont le sentiment d’être prises en étau. « On nous dit que si notre motivation est entière, on doit se donner les moyens de financer seuls. Doit-on en arriver à fermer une crèche pour financer la transition ?, invective l’élu du Briançonnais. L’État pense que les aides octroyées sont une mise à l’étrier. Mais par quel miracle va-t-il y avoir des financements internes pour prendre le relai ? On fait avec des bouts de ficelle, d’autant que certaines collectivités n’ont pas les moyens de lever l’impôt. »

Un sentiment partagé par le Cler, qui déplore que 20 % seulement des EPCI se soient dotés d’un PCAET. « Ce n’est pas par manque de volonté, mais par manque de moyens », avertit Charlotte Tardieu. Cette dernière appelle à verser 10 euros par habitant pour les collectivités obligées et 5 euros par habitant pour les régions ayant déjà un schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet). Alors nombreuses sont les collectivités à espérer que les 300 milliards d’euros pour la relance ruisselleront en partie dans les territoires pour les aider à opérer cette transition.

Déconnexion avec le terrain

Pour Franck Sentier, délégué général de la Fédération des agences locales de maîtrise de l’énergie (Flame), la tendance est aussi à privilégier les prestations ponctuelles plutôt que les entités locales. « On regrette que l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) ne fasse pas plus de pub pour les structures publiques ou parapubliques proches du terrain, et ne leur donne pas les moyens suffisants pour inscrire leur accompagnement dans la durée, déplore le délégué général de Flame. C’est le principe de la subsidiarité qui est censé s’appliquer. Mais dans les faits, les services déconcentrés n’ayant plus les moyens d’animer correctement, ils préfèrent passer des marchés pour un résultat pas fabuleux. » Pourtant, la compétence des agences locales et des syndicats est réelle : une parfaite connaissance du territoire, une présence à tout moment et des missions vastes.

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