UE : un objectif de réduction des GES de 90 à 95 % d'ici 2040
AaronPlayStation/Adobe StockMi-juin, le Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique a rendu ses conclusions. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’Union européenne devra avoir diminué ses rejets de gaz à effet de serre de 90 à 95 % d’ici 2040 par rapport à 1990.
Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, la loi européenne sur le climat impose à l’Union européenne (UE) de se fixer des paliers intermédiaires. Pour le premier, en 2030, les émissions de gaz à effet de serre (GES) devront être abaissées de 55 % par rapport à 1990. La seconde cible, pour 2040, sera définie par la Commission européenne, sur les recommandations du Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique (ESABCC). Cet organe indépendant de la transition environnementale, créé en 2021 par la loi européenne sur le climat, a publié mi-juin ses propositions pour 2040*. Selon ses quinze experts, rester sur la bonne trajectoire impose une réduction des rejets de -90 % à -95 % à l’horizon 2040 par rapport à 1990. Pour cela, ils recommandent de maintenir le budget des émissions de GES de l’UE pour la période 2030 à 2050 dans une limite de 11 à 14 gigatonnes équivalent CO2. En clair, pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’UE ne devrait pas émettre plus de 14 GtCO2 lors de ces deux décennies. À titre de comparaison, 3,3 GtCO2 ont été rejetées uniquement en 2019.
Plus de 1 000 scénarios analysés
Pour identifier les réductions d’émissions réalisables dans l’UE d’ici 2040, le Conseil consultatif a analysé plus de 1 000 scénarios. Il en a identifié 36 qui s’alignent avec les objectifs de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les experts ont évalué leur faisabilité, mais aussi les risques environnementaux et les défis associés à la mise à l’échelle à court terme des technologies telles que le solaire photovoltaïque, l’énergie éolienne ou encore l’hydrogène par exemple.
Dans une seconde partie, ils ont introduit dans leurs calculs un principe d’équité. Le but ? Sélectionner des scénarios permettant d’atteindre une contribution de l’UE à l’objectif de 1,5 °C suivant différentes méthodes équitables. En quelques mots, l’équité consiste à définir une répartition du budget carbone entre les États de façon juste et non pas égalitaire. Ces méthodes proposent par exemple des allocations basées sur les émissions cumulées par habitant, sur la capacité de chaque État à financer la transition ou encore sur une période pouvant intégrer les rejets passés.
Pour toutes les hypothèses évaluées, le Conseil a identifié un écart entre les trajectoires nationales réalisables et celles intégrant un principe d’équité. L’analyse a en effet révélé que, sans inclure un de ces principes d’équité, l’UE peut atteindre des diminutions de GES domestiques de 88 à 92 % par rapport à 1990, ce qui correspond à un budget cumulé de 16 à 14 GtCO2 pour 2030-2050. Si les défis de mise à l’échelle technologique parviennent à être surmontés, les réductions pourraient même aller jusqu’à 95 %, ce qui réduirait le budget cumulé à 11 GtCO2.

Prendre en compte une méthode équitable supposerait une baisse minimale de 90 %, avec un budget correspondant inférieur à 14 GtCO2. Un seuil atteignable donc, mais pas à coup sûr. Pour maximiser ses chances, l’UE devrait viser la limite supérieure des réductions réalisables. Les transitions devront être « rapides, inclusives, et bien gérées au niveau des risques environnementaux et des défis de mise à l’échelle de la technologie ».
Le soutien, la coopération et les partenariats en dehors de l’UE peuvent également contribuer à combler le fossé entre les diminutions de rejets de GES recommandées avec et sans principe d’équité. En tout cas, soulignent les auteurs, pour l’instant, l’objectif de baisse de 55 % d’ici 2030 est aligné avec l’atteinte des cibles respectivement conseillées et fixées pour 2040 et 2050.
Trois voies emblématiques
Afin d’illustrer les différentes stratégies que l’UE pourrait suivre pour atteindre la cible 2040, l’ESABCC a sélectionné trois « voies emblématiques ». La première, celle de la « concentration sur la demande » combine des politiques climatiques ambitieuses et des modes de vie moins gourmands en ressources. La seconde, conjugue un très important déploiement d’énergies renouvelables et une diminution des rejets de GES « plausible sur le temps court ». La dernière, « options mixtes » est celle qui a les émissions cumulées les plus faibles. Elle se caractérise par les absorptions de carbone les plus élevées (avec un accent sur le stockage naturel) et une augmentation du nucléaire (contrairement aux autres voies emblématiques où la part du nucléaire se réduit au fil du temps).

Le Conseil identifie des points communs à toutes les trajectoires. Tout d’abord, le secteur de l’électricité devrait atteindre des émissions de GES proches de zéro d’ici 2040. Le mix électrique devrait être basé principalement sur des sources renouvelables, en particulier l’éolien, le solaire et l’hydraulique (70 à 90 % du mix en 2040) et quasi exempte de combustibles fossiles (y compris de gaz naturel) d’ici 2040. Le charbon devrait même être presque entièrement éliminé du mix d’ici 2030. Certaines voies dépendent fortement du captage et du stockage du carbone (CSC). Dans les scénarios les moins renouvelables, la part du nucléaire atteint jusqu’à 20 % de la consommation d’énergie finale en 2040. Pour les secteurs difficiles à électrifier, par exemple l’industrie et les trans- ports, l’utilisation de l’hydrogène devrait s’intensifier pour atteindre une production de 5 à 10 millions de tonnes d’ici 2030. Dans certains scénarios, les biocarburants seront également grandement utilisés. Les émissions de GES autres que le CO2 devraient également être réduites de 20 à 60 % en dessous des niveaux de 2019. En effet, l’utilisation d’engrais azoté devrait diminuer de 30 à 60 % et les rejets de méthane liés à l’énergie de 70 à 90 %, en partie grâce à la baisse de l’utilisation des fossiles.
En parallèle, la consommation totale d’énergie finale devrait décroître de 20 à 40 % par rapport à aujourd’hui en fonction des scénarios. La réduction la plus importante se situera dans le secteur des transports (30 à 60 %), suivie par celui de l’industrie (15 à 45 %) puis ceux du résidentiel et du tertiaire (15 à 35 %). Au niveau des absorptions de carbone, l’ESABCC estime celles du secteur de l’Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie (UTCAF) entre 100 et 400 MtCO2 . Celles liées à la bioénergie avec le captage et stockage du carbone (BECCS) ou la capture et stockage de carbone dans l’air (DACCS) varient fortement : entre 50 et 200 MtCO2 en 2040, alors même que les auteurs placent le déploiement de ces technologies à un niveau de risque élevé.
Enfin, en termes de sécurité énergétique, les importations de pétrole devraient diminuer de 50 à 100 % d’ici 2040 (par rapport à aujourd’hui) en fonction des différentes voies. Pour le gaz, elles devraient décroître entre 35 et 100 %. Les scénarios ne fournissent en revanche pas d’estimations sur la quantité de matériaux critiques et de terres rares nécessaires à ces transitions.
* Scientific advice for the determination of an EU-wide 2040 climate target and a greenhouse gas budget for 2030–2050