L’Îlot fertile cible la neutralité carbone

16 06 2023
Léa Surmaire
Nicolas Grosmond, DR

À Paris, le quartier Îlot fertile a été pensé pour être bas carbone lors de sa construction et vise, lors de son exploitation, la neutralité carbone. Zoom sur ce projet d’envergure. 

En avril dernier, sur la friche industrielle « Éole Évangile », dans le XIXe arrondissement de la capitale, le quartier « îlot fertile » a été inauguré. Le promoteur Linkcity – une filiale de Bouygues Bâtiment Île de France –, a acheté le terrain à la Ville de Paris en 2019 dans le cadre de l’appel à projets Réinventer Paris, qui consiste à vendre des terrains municipaux à des porteurs de projets innovants. Son ambition ? Construire avec d’autres partenaires, dont TVK architectes urbanistes et OLM paysagistes notamment, un ensemble de 35 000 m2 de la manière « la moins émettrice en gaz à effet de serre (GES) possible » et au « fonctionnement visant la neutralité carbone ». Celui-ci se compose de quatre bâtiments. À l’intérieur : 440 habitations (dont certaines réservées aux logements sociaux, étudiants, jeunes travailleurs.), 8 000 m2 de bureaux et plateaux modulables, un campus de formations digitales ouvertes à tous, un hôtel, six cellules commerciales et un multiplexe sportif associatif UCPA de 3 500 m2 comprenant également une auberge de jeunesse de 230 lits. À l’extérieur : un demi-hectare de jardin public, 1 500 m2 de toitures solaires et végétalisées, des potagers partagés, des terrasses plantées, une trentaine d’arbres fruitiers ou encore des hôtels à insectes… 

Une exploitation visant la neutralité carbone Sa construction a été voulue bas carbone. Les façades sont en pierres de taille massives et porteuses (10 000 m2), très majoritairement extraites des carrières de Noyant et Bonneuil-en-Valois, en Picardie (près de 85 %). « Nous ne pouvions pas créer le socle en pierre, nous avons donc opté pour du béton bas carbone », ajoute Solange Jimenez, la directrice d’opérations de Linkcity Île-de-France. De plus, 6 000 m2 de faux planchers sont issus du réemploi et ont été reconditionnés afi n d’équiper les bureaux. « Tout du long, nous avons été suivis par Amoès, un assistant maître d’ouvrage (AMO) Environnement. Il a établi un bilan carbone au début de l’opération. Pour s’y conformer, chaque matériau devait respecter, tout au long de son cycle de vie, un seuil d’émissions de GES maximal. Un futur locataire avait par exemple sélectionné une moquette trop émettrice, nous lui en avons proposé une qui l’était moins », précise Solange Jimenez. Lors du gros œuvre, les déchets du chantier (terre et gravats) ont été réutilisés sur site en grande partie.

Nicolas Grosmond
Crédits : Nicolas Grosmond, DR

Son exploitation tend quant à elle vers la neutralité carbone : le bâtiment doit produire autant qu’il consomme. « Pour limiter au maximum les besoins énergétiques pour le chauffage, le refroidissement et l’éclairage, l’ensemble est composé de bâtiments bioclimatiques. Nous avons par exemple travaillé avec l’architecte sur leurs enveloppes. L’isolation est très importante : les menuiseries disposent de triple vitrage, la pierre est massive ce qui offre une très bonne inertie thermique. Ainsi, la chaleur est stockée puis restituée à d’autres moments. Nous avons également installé des stores extérieurs sur le tertiaire qui se déclenchent en fonction du rayonnement solaire », expose Solange Jimenez.

 

Pour l’eau chaude sanitaire (ECS) et le froid, un système de pompes à chaleur PAC Facteur 7® a été installé. Il récupère les calories des eaux grises (eaux issues des douches, lave-linges, éviers, etc.) pour chauffer l’eau des logements, de l’hôtel et de l’auberge de jeunesse. Cette pompe fournit également du froid pour la climatisation des bureaux ainsi que pour l’hôtel. Trop loin du réseau de chaleur urbain, le quartier n’a en effet pas pu y être relié. Pour l’électricité, 1 000 m2 de panneaux photovoltaïques ont été installés sur les 1 500 m2 de toitures végétalisées. Celles-ci permettent, en créant un îlot de fraîcheur, d’améliorer les rendements en période estivale et de soutenir la biodiversité. « Dans les contrats de vente de tous les bâtiments du quartier sont inclus une trentaine d’engagements, appelés les défis. Les acquéreurs de ces bâtiments, ainsi que les locataires des logements gérés par des gestionnaires, sont notamment obligés de prendre des contrats d’électricité verte. En revanche, les propriétaires particuliers sont simplement invités à le faire », avance Solange Jimenez. Les informations relatives à la consommation énergétique sont recueillies dans tout le quartier grâce à des capteurs et transmises à la Ville.

Pas de parking

En termes de mobilité, la priorité est faite aux déplacements doux. Le quartier est entièrement piéton et aucun parking pour les automobilistes n’a été créé. « L’Îlot est très bien desservi par les transports en commun (RER, métros et tramways). À l’époque, prendre cette décision était un choix fort », argue Solange Jimenez. Ainsi, en sous-sol, dans l’espace vide laissé par l’ancien bâtiment du site, un centre sportif a pu être créé. « Grâce à la typologie du terrain et à ce choix, nous n’avons déblayé que peu de terre », complète la directrice d’opérations. La part belle est faite au vélo : le quartier dispose de 500 places de bicyclette pour 440 logements.

Dans ce quartier, les commerces ont également des engagements. Ainsi, pour favoriser les circuits courts, le restaurateur doit indiquer la distance de production de ses produits. L’hôtelier, quant à lui, va cultiver en hydroponie des plantes sélectionnées avec son chef cuisinier. La Passerelle, un centre de formation en codage informatique sera ouvert à tous, avec un tiers lieu, destiné à accueillir des activités. Une entreprise de cyclo-logistique, Urb-it, s’est aussi installée sur un espace de près de 1 000 m² qui permet d’organiser des tournées en vélo cargo dans la capitale et sa proche banlieue. Une aubaine lorsqu’on connaît les difficultés de ce genre d’entreprise pour trouver du foncier dans la capitale. (Voir Énergie Plus n°700)

Ilot fertile
Crédits : Nicolas Grosmond, DR

Pour préserver la biodiversité, des murs en pierre sèche pouvant servir de refuge pour les lézards et des nichoirs pour les oiseaux ont été installés. CDC biodiversité, une filiale de la Caisse des dépôts œuvrant pour la préservation de la biodiversité, suivra pendant dix ans l’état de ses structures. Dès la réponse à l’appel d’offres, l’animation du quartier avait en outre été pensée. Le Rosa Lab, porté par l’association Dédale, a été imaginé « comme un lieu créateur de liens pour accompagner l’émergence de nouveaux usages à l’échelle d’un quartier démonstrateur des nouvelles manières de faire la ville ». Au programme : accompagnement des jeunes créateurs, expérimentation de solutions pour la ville de demain, animation de dynamiques territoriales ou encore organisation d’événements culturels. 

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