Le marché des matériaux biosourcés prend de l’élan

13 02 2023
Léa Surmaire
Emmanuel Lang

En France, dans les secteurs industriels et universitaires, des expérimentations sont en cours pour intégrer des matériaux biosourcés, c’est-à-dire issus de matières organiques renouvelables, d’origine végétale ou animale. Zoom sur deux d’entre elles.

Le marché s’annonce porteur. En effet, depuis 2022, les nouvelles constructions sont soumises à la réglementation environnementale (RE2020). Elle impose une réduction progressive des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’ouvrage et favorise les produits faiblement émissifs, à l’image des matériaux biosourcés. Depuis l’an passé, des expérimentations du tissu économique et scientifique destinées à substituer les matériaux issus de ressources fossiles sont en cours.

Au sein du Labcom Bio@tex, lancé à Mulhouse (Haut-Rhin) en 2022, l’entreprise textile Velcorex s’est ainsi alliée avec l’Institut de Science des Matériaux de Mulhouse (IS2M), une unité mixte de recherche issue du CNRS et de l’Université de Haute-Alsace. L’objectif ? Fabriquer des nouveaux matériaux à base de lin et de chanvre, 100 % biosourcés, recyclables ou compostables, pour remplacer les dérivés du pétrole et les fibres de verre. De l’autre côté de l’Hexagone, Alkern transforme son usine des Andelys (Eure) pour créer des produits en béton bas carbone et biosourcé, notamment à base de miscanthus, pour le marché du bâtiment. 

Un tableau de bord 100% renouvelable

En termes de matières premières, le potentiel de ces cultures historiquement présentes en France est important. « Sur les 150 000 tonnes de lin récoltées en France chaque année, 80 % sont expédiées vers la Chine. Réhabiliter le chanvre serait encore plus facile. Autrefois, nous en trouvions partout, la France regorgeait de 150 000 hectares, contre 17 000 aujourd’hui. Nous les avons oubliées pour le coton, s’en servir de nouveau sonnerait comme un retour aux sources », expose Pierre Schmitt, le président directeur général de Velcorex. Selon lui, ces plantes d’assolement fertilisent le sol en captant l’azote et sont d’« extraordinaires » puits de carbone.

Elles pourraient remplacer les fibres de verre, qui représentent 87 % des 8,7 millions de tonnes du marché mondial des composites de secteurs industriels aussi variés que le nautisme, l’éolien, l’automobile et le mobilier. Ainsi, à Mulhouse, la technologie nécessaire à la réalisation de produits automobiles (tableaux de bord) à base de lin est déjà « très mature ». De même pour le secteur nautique comme le montre l’exemple du bateau « We Explore ». Ce participant à la Route du Rhum 2022 a été créé avec 61 % de lin, en partenariat avec Terre de Lin, première coopérative de ce matériau dans l’hexagone.

Les avantages de ces composants par rapport aux traditionnelles fibres de verre ? Moins denses, ils allègent les structures et réduisent le bilan carbone du transport. Celles-ci vieillissent alors moins vite puisqu’elles absorbent mieux les chocs et les vibrations. Enfin, en plus d’être des isolants acoustiques reconnus, ils sont 100 % biodégradables et leur industrialisation ne nécessite pas de cuisson à 1 500°C contrairement à la mise en œuvre des fibres de verre.

miscanthus biomatériauxDes murs isolants

La société Alkern a quant à elle misé sur le miscanthus, cette plante surnommée « herbe à éléphant ». Très bon isolant thermique, elle prolifère près de l’usine des Andelys, dans l’Eure. « Elle repousse tous les ans, et comme elle a besoin de peu d’engrais, on peut la planter dans des zones de captage d’eau », détaille Christophe Lagrange, directeur de l’offre d’Alkern. Ainsi, le groupe compte mettre en place des accords avec des agriculteurs pour qu’ils en plantent au bord de leur terrain.

« Elle favorise la biodiversité, évite l’érosion et l’appauvrissement des sols en coupant le vent et en s’opposant au ruissellement de l’eau et enfin résiste bien à la sécheresse », vante le directeur de l’offre. Avec, Alkern compte donc remplacer les granulats du béton, qui sont habituellement des minéraux tels que du sable et des graviers. Peu robustes, ces blocs en béton de miscanthus ne pourront toutefois pas être utilisés pour créer un mur porteur mais seront des matériaux de remplissage au sein de systèmes poteaux-poutres.

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