Un réseau alimenté à 54 % par de la chaleur fatale
DalkiaMis en service en novembre dernier, le réseau de chaleur d’Issoire a la particularité d’être alimenté à 54 % par de la chaleur fatale récupérée chez l’industriel de l’aluminium Constellium. Le reste est fourni par des chaudières biomasse et gaz. Ce type de système reste encore rare en France.
Après à peine neuf mois de travaux, la ville d’Issoire dispose depuis novembre 2022 d’un réseau de chaleur alimenté à 90 % par des énergies renouvelables et de récupération. Ce projet, envisagé depuis plusieurs années, tombe à point nommé. En effet, la sous-préfecture du Puy-de-Dôme arrivait au terme de son contrat de gaz à prix fixe à cette échéance. Si elle avait dû en signer un autre, ses dépenses auraient explosé compte tenu de l’augmentation des prix. Elle a confié la construction, la maintenance et l’exploitation de cet équipement à Dalkia pour vingt ans via une délégation de service public. L’entreprise a donc créé une filiale dédiée, baptisée Energ’Iss. D’une longueur de 9 km, le réseau dessert en chaleur et eau chaude sanitaire 45 sous-stations dont l’Hôtel de Ville, des gymnases, plusieurs écoles, collèges et lycées, un foyer de jeunes travailleurs, un hôpital, un centre culturel, une caserne et des HLM. Le coût du projet s’élève à 12 millions d’euros. Il a été subventionné par l’État à hauteur de 5 M€ via le Fonds Chaleur de l’Ademe. Grâce aux certificats d’économies d’énergie (CEE), Dalkia a pu financer 1,25 M€ supplémentaire.
Coopération avec Constellium
La particularité de ce réseau ? Fonctionner à 54 % grâce à de la chaleur fatale récupérée sur les fours de fonderie de l’industriel Constellium, premier employeur privé de la ville qui produit de l’aluminium et des alliages à base de ce métal. Ses fours rejettent de l’air à 550 °C, qui, une fois récupéré, chauffe une boucle d’eau à environ 100 °C grâce à un échangeur. Un deuxième échangeur transfère la chaleur récupérée vers le réseau. Cette eau circule en circuit fermé. « C’est complètement différent de ce que l’on avait l’habitude de faire. En collaborant avec un industriel, nous devons nous adapter à son activité. Constellium fournit des quantités d’énergie très importantes lorsque son four monte en température mais sur des durées relativement courtes. Très rapidement, nous passons d’une puissance de 6 MW à zéro », explique Tristan Thomazet, chef de projet du réseau Energ’Iss pour Dalkia.
L’entreprise a donc installé un ballon d’hydro-accumulation de 100 m3 et de 17 mètres de haut pour stocker la chaleur et la restituer lors de la demande. Cela nécessite une gestion particulière du réseau puisqu’il faut anticiper le fonctionnement de l’industriel pour faire en sorte qu’il y ait une adéquation entre la production de chaleur fatale et la distribution tout en pilotant au mieux le système. Outre cette chaleur fatale, les calories sont générées par une chaudière biomasse de 2,7 MW contruite par le voisin auvergnat Compte-R. Les 3 000 tonnes par an de bois nécessaires sont livrées depuis une plateforme de traitement basée à Saint-Flour (Cantal). La ressource utilisée en son sein provient d’un rayon de moins de 100 kilomètres autour de la chaufferie. Au total, celle-ci représente 36 % de la chaleur du réseau. Les 10 % restants sont issus d’une chaudière gaz de 7,1 MW. « Le gaz est censé servir pour l’appoint et pour le secours, par exemple après des périodes de vacances lorsque toutes les écoles et les bureaux relancent le chauffage en même temps », précise Tristan Thomazet.
Extension à venir ?
Avec la flambée des cours de l’énergie, Energ’Iss intéresse de nouveaux clients potentiels. « Nous recevons des demandes de raccordement supplémentaires. Nous étudions donc la possibilité de récupérer plus de chaleur chez Constellium et d’étendre le réseau à l’avenir », ajoute Tristan Thomazet. Il serait également envisageable d’en capter chez d’autres industriels présents dans la zone. Mais cela ne sera pas si simple. « Le prix élevé de l’énergie a un effet double : il incite à se raccorder à un réseau mais les industriels peuvent aussi être tentés de garder leur chaleur pour l’utiliser en interne. Une synergie entre les acteurs est donc indispensable pour la réussite de ces projets », conclut Tristan Thomazet.