L’AIE croit encore à l’objectif des 1,5°C
AIEPlus de deux ans après la publication de son rapport « Net Zero by 2050 », l’Agence internationale de l’énergie publie une nouvelle édition. Elle estime que limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C en 2100 est encore possible, à condition de redoubler les efforts. Mais la plupart des États sont en retard.
« Le secteur de l’énergie évolue plus rapidement que beaucoup ne le pensent, mais bien plus reste encore à faire et le temps presse », prévient l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport actualisant son scénario « Net Zero by 2050 ». En effet, les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur ont atteint un nouveau record de 37 milliards de tonnes, soit 1 % de plus que le précédent pic mesuré avant la pandémie. Malgré ce mauvais résultat, l’Agence estime qu’il serait encore envisageable de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici la fin de ce siècle. En effet, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la réduction des émissions de méthane et l’augmentation de l’électrification grâce à des technologies déjà disponibles permettraient de réaliser plus de 80 % des réductions d’émissions nécessaires d’ici 2030.
Miser sur les EnR et l’efficacité
Pour obtenir une diminution importante des rejets de GES d’ici 2030, la solution est de privilégier les énergies renouvelables, en particulier le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre qui sont deux technologies bien maîtrisées. Il faudrait tripler la capacité mondiale installée pour la porter à 11 000 GW. Si la Chine et les économies avancées affichent des ambitions encourageantes dans ce secteur, il faudra encore considérablement accélérer. Mais davantage produire, et plus proprement, ne suffira pas. Moins consommer d’énergie reste et restera indispensable. À la même échéance, l’Agence préconise de doubler les progrès annuels en matière d’intensité énergétique : cette notion désigne le rapport entre la consommation d’énergie d’un pays et son produit intérieur brut (PIB). Elle mesure concrètement son efficacité énergétique.
Les auteurs conseillent également de poursuivre l’électrification des économies. À eux seuls, les véhicules électriques et les pompes à chaleur (PAC) pourraient contribuer à près d’un cinquième de la réduction d’émissions de GES d’ici 2030. Il sera également indispensable de renforcer les réseaux et de les rendre plus intelligents ainsi que flexibles. Les investissements mondiaux dans les énergies bas carbone (y compris le nucléaire) devraient s’élever à près de 4 500 milliards de dollars par an d’ici le début des années 2030 pour suivre la trajectoire 1,5 °C, alors que ces investissements sont estimés à 1 800 Md$ pour l’année 2023. Une somme déjà record… Grâce au développement des filières bas carbone et à l’efficacité, le scénario de l’AIE envisage une réduction de 25 % de la consommation d’énergie fossile d’ici à 2030 dans le monde, et de 80 % deux décennies plus tard.

La demande mondiale de charbon devrait en être au moins divisée par dix à cette échéance pour atteindre 500 millions de tonnes contre 5 800 Mt en 2022. Construire de nouvelles centrales thermiques à charbon deviendrait alors obsolète. « Aucun nouveau projet pétrolier et gazier n’est nécessaire à long terme dans le scénario NZE, les nouvelles mines de charbon, les extensions de mines ou les nouvelles centrales à charbon ne le sont pas non plus », indique le rapport. De plus, l’industrie de l’énergie devra baisser ses rejets de méthane (CH4) de 75 % en le capturant. « C’est l’une des opportunités les moins coûteuses pour limiter le réchauffement climatique à court terme. [Elle] coûterait environ 75 Md$ de dépenses cumulées jusqu’en 2030, ce qui équivaut à seulement 2 % des revenus nets perçus par l’industrie pétrolière et gazière en 2022 », estime l’AIE.
Compter sur la technologie
L’innovation progresse et crée de nouvelles opportunités pour réduire les émissions à moindre coût. Il y a deux ans, l’AIE envisageait que la moitié des réductions d’émissions nécessaires au milieu du siècle proviendrait de technologies non disponibles sur le marché. Aujourd’hui, cette part est ramenée à 35 %. « Les progrès ont été rapides : par exemple, la première commercialisation de batteries sodium-ion a été annoncée pour 2023, et des démonstrations à l’échelle commerciale d’électrolyseurs à oxyde solide* sont actuellement en cours », détaille l’AIE. Mais d’autres technologies peinent à émerger. L’Agence pointe notamment le captage, stockage et utilisation de CO2 (voir Énergie Plus n°711). « L’histoire du CCUS a été largement marquée par des sous-performances. Bien que la récente vague de projets annoncés […] soit encourageante, la majorité n’a pas encore pris de décision finale d’investissement et a besoin d’un soutien politique supplémentaire pour stimuler la demande et faciliter la création de nouvelles infrastructures », regrette-t-elle.

Si les technologies progressent rapidement, le rapport de l’AIE met en garde sur les tensions sur les minéraux critiques qui pourraient considérablement freiner leur essor. Les grands projets miniers annoncés pour extraire du nickel et du lithium ne suffiront pas à répondre à la demande qui accélère. De nouveaux projets, des techniques d’extraction innovantes, davantage de recyclage et une conception économe en matériaux seront donc indispensables. Autre problème : les mines et les raffineries sont concentrées dans un nombre trop restreint de pays. Cela présente un risque accru de perturbations, pour cause de tensions géopolitiques, d’événements météorologiques extrêmes ou d’accidents industriels. Par conséquent, il est important de diversifier les chaînes d’approvisionnement. Enfin, le manque d’ambition des États pourrait aussi ralentir la transition vers la neutralité carbone. Les contributions déterminées au niveau national (INDC) ne sont absolument pas suffisantes pour parvenir à cet objectif. Et le retard pris éloigne un peu plus le monde d’un climat supportable en 2100. Si elle veut rester optimiste, l’AIE avertit tout de même que depuis deux ans, « le chemin vers les 1,5 °C s’est rétréci ».
(*) Procédé d’électrolyse à l’aide d’électrolytes constitués d’oxydes solides, notamment de céramiques