La Nouvelle-Aquitaine veut passer ses TER diesel au bioGNV
© Snoopy 31Les TER circulent encore beaucoup au diesel. Changer leur motorisation permettrait de les faire passer aux énergies vertes. En Nouvelle- Aquitaine, une expérimentation porte sur le rétrofit vers un moteur fonctionnant au bioGNV.
Près de 45 % des réseaux ferrés français ne sont pas électrifiés : de très nombreux TER circulent encore au diesel. Comment les décarboner ? La Région Nouvelle-Aquitaine expérimente notamment le bioGNV. Mi-mai 2023, avec GRDF, SNCF Voyageurs et Ferrocampus, elle a en effet lancé la phase 2 d’un projet de rétrofit de rames TER diesel vers une motorisation fonctionnant au bioGNV. Les partenaires poursuivent ainsi une série d’études lancées il y a quelques années. « Nous avons acquis les rames permettant de lancer un démonstrateur », annonce Renaud Lagrave, vice-président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge des Mobilités. Pour la Région, à l’origine de cette expérimentation, l’objectif est de verdir sa flotte de 195 rames TER fonctionnant au diesel, qui sont en grande majorité à mi-vie. Convaincue de la nécessité de diversifier son mix énergétique, la Région expérimente diverses options. Elle projette par exemple de convertir 48 de ces rames vers une motorisation bimode caténaire/ batteries rechargeables. Pour ses 53 rames du modèle ATER X73500, elle veut tester le bioGNV. L’étude en cours devrait rendre ses résultats fi n 2023. La date de circulation des premières rames au bioGNV est beaucoup plus incertaine : « il ne faut jamais donner de dates dans le ferroviaire », soutient l’élu.
Autonomie énergétique en 2050
Comme indiqué dans sa feuille de route Néo Terra, la Région vise, à l’horizon 2050, l’autonomie énergétique régionale décarbonée : 45 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2030 et 100 % en 2050. « Nous voulons sortir les cars et les trains de la Région du diesel d’ici 2030 », précise le vice-président du Conseil régional. Autre ambition régionale : 30 % de gaz vert injecté dans les réseaux régionaux en 2030. La Région soutient, notamment par des appels à projets, l’ouverture de stations de bioGNV et la mise en service d’unités de méthanisation. Au 1er janvier, la Nouvelle-Aquitaine comptait 120 méthaniseurs en fonctionnement, dont 80 unités agricoles. « Nous visons 300 unités en 2030. Mais ces derniers temps, les prix du bioGNV ont explosé et la filière est en crise. Il faut sortir du marché mondial les agriculteurs qui injectent dans le réseau local. La fiscalité du biométhane doit être adaptée, car cette production est très vertueuse : elle permet de décarboner très rapidement », plaide Renaud Lagrave.
Saintes et Limoges à l’honneur
Parallèlement à cet effort d’innovation, la Région est à la manœuvre pour mettre en avant ses équipements. Les expérimentations autour du retrofit vers le bioGNV se dérouleront au Ferrocampus de Saintes. La Nouvelle-Aquitaine ambitionne de faire de Ferrocampus le futur pôle d’excellence dédié au ferroviaire et notamment aux « lignes de desserte fine du territoire ». Comptant actuellement une cinquantaine d’entreprises et d’organismes membres, il doit accueillir formations, innovations et expérimentations. Si le prototype fonctionne, la Région veut en outre que le centre de maintenance de Limoges accueille des ateliers de rétrofit capables de transformer en motorisation bioGNV les rames d’autres régions. Il reste en France environ 330 rames ATER X73500 conçues pour une durée de vie d’environ quarante ans, ce qui correspond aujourd’hui à une dizaine d’années d’exploitation encore possible. Quant à SNCF Voyageurs, si elle est partie prenante du projet, elle s’est jusqu’à présent surtout investie sur « plusieurs projets de décarbonation des rames régionales équipées de motorisation thermique, notamment en utilisant du biocarburant ou en remplaçant ces moteurs par des batteries ; nous allons également présenter à la fin de l’année une première rame à hydrogène. Ces projets concernent toutefois les séries de matériels roulants bi-mode Regiolis et AGC », indique Philippe Moritz, directeur de la communication TER chez SNCF Voyageurs. Les expérimentations entreprises en Nouvelle-Aquitaine ajoutent donc une nouvelle piste de verdissement à celles déjà envisagées pour le matériel ferroviaire roulant en France.