Aider la recherche à baisser ses émissions

15 05 2023
Olivier Mary
© My kids/Adobe Stock

Labos 1point5 lance un nouvel outil d’accompagnement à la transition de la recherche publique baptisé Scénario 1point5. Cet instrument vise à aider les scientifiques à estimer et à réduire les émissions de gaz à effet de serre de leurs laboratoires.

Pour les besoins de son travail, un chercheur émet entre 3,9 et 10,8 tonnes de CO2 par an selon une étude. Son bilan carbone est au moins 32 % supérieur à celui d’un Français moyen. Chaque participation à une conférence conduit à l’émission moyenne de 1 t de CO2 par participant. Si l’empreinte totale du milieu académique n’a jamais été quantifiée, de nombreux scientifiques sont conscients de ce problème. Ils se sont donc regroupés au sein de Labos 1point5 afin de réduire leur empreinte environnementale. Ce collectif a vu le jour en mars 2019 après une tribune publiée dans le journal Le Monde.

« Il repose sur des personnels de recherche engagés dans la décarbonation concrète de leurs activités. Il ne dépend d’aucune institution mais il est directement issu de la communauté pour que les personnels se réapproprient ces questions. Il regroupe 4 000 collègues sur tout le territoire », précise Tamara Ben Ari, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et cofondatrice de l’organisation. Celle-ci s’est structurée progressivement autour d’un groupement de recherche (GDR), auquel participent 250 scientifiques, dont l’objectif est de mesurer les rejets de gaz à effet de serre (GES) de la recherche publique en France et de l’aider à les baisser.

Deux outils lancés

Un premier outil, baptisé GES 1point5, a été mis en œuvre en octobre 2020. Libre, gratuit et directement accessible en ligne, il a permis à plus de 730 laboratoires, soit environ 30 % de leur nombre en France, d’estimer leur empreinte carbone. Les paramètres pris en compte sont les déplacements domicile-travail, les voyages dans le cadre des missions, les véhicules des laboratoires, les bâtiments et les achats de matériels. L’outil calcule les rejets de GES par poste et les représente sous formes d’infographies. Les données collectées sont agrégées dans une base. « Nous les analysons dans notre groupement de recherche. Ce sont les achats qui entraînent en moyenne le plus d’émissions, suivis par les déplacements pour des missions et le chauffage des bâtiments », détaille Tamara Ben Ari. Toutefois, les résultats peuvent être très différents selon l’activité des laboratoires.

Une fois cette première phase de bilan menée à bien, Labos 1point5 a souhaité aller plus loin afin d’aider les scientifiques à baisser leurs émissions. C’est le but de Scénario 1point5, le deuxième logiciel développé par le collectif. « Il prend la forme d’un outil sur le web, gratuit et en open source adossé aux données de GES 1point5. Sa première version permet d’influer sur 17 mesures de réductions », précise Olivier Aumont, chercheur au Laboratoire d’océanographie et du climat et membre du collectif. Il est possible entre autres, de visualiser les conséquences de l’électrification des voitures, de leur remplacement par le vélo ou les transports en commun, de l’augmentation du télétravail, de la réduction du chauffage, de la limitation des voyages en avion ou encore des achats de matériel d’occasion.

Concrètement, en modifiant un paramètre (par exemple en baissant le chauffage d’un ou plusieurs degrés, ou en isolant un ou plusieurs bâtiments pour les faire passer à une classe énergétique plus vertueuse), on peut constater instantanément les effets directs sur les émissions de GES de son laboratoire. Il est alors plus facile de déterminer les options les plus efficaces. D’autres initiatives de Labos 1point5 vont suivre. Cet été, le collectif mettra en place un réseau des laboratoires en transition pour faciliter le partage d’informations, de données et d’expériences. L’année prochaine, il créera une convention climat-recherche. Enfin, en 2025, il dressera un premier bilan de la baisse effective des GES de la recherche française. 

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