Les réseaux d'hydrogène passent les frontières

10 06 2023
Olivier Mary
GRTgaz

Grtgaz vient de boucler un appel à manifestation d’intérêt afin de développer une infrastructure hydrogène transfrontalière en accès ouvert entre la France et la Belgique. D’autres sont en cours avec l’Allemagne et l’Espagne. À terme, l’Europe ambitionne de se doter d’un véritable réseau de transport interconnecté d’hydrogène.

D’ici 2028, un réseau de transport d’hydrogène devrait relier Valenciennes et le secteur de Mons, jusqu’à La Louvière et Feluy dans la région du Hainaut, en traversant la frontière franco-belge. « Ces deux zones présentent des potentiels de production et de consommation intéressants. Nous avons donc discuté avec notre homologue belge Fluxys pour mettre en place un tel projet », explique Geoffroy Anger, responsable du pôle hydrogène chez GRTgaz. À la fin de l’année dernière, le gestionnaire de réseau a publié un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour recueillir les besoins des futurs consommateurs et producteurs d’hydrogène dans la zone : 17 entreprises se sont manifestées pour bénéficier de ce réseau mutualisé. Il permettra de régler le déséquilibre offre-demande en hydrogène entre les territoires.

Un projet franco-belge

Les canalisations en acier, d’une longueur totale de 80 kilomètres (environ 40 km en France et la même distance en Belgique) ne transporteront que de l’hydrogène renouvelable à haute pression produit par électrolyse de l’eau. GRTgaz a cherché et retenu un tracé pour minimiser l’impact sur les habitants et l’environnement. Mais lorsqu’on construit une telle infrastructure, a fortiori dans des espaces très fortement urbanisés comme c’est le cas dans cette zone, les difficultés ne sont pas simples à gérer. Il faudra franchir des rivières et des canaux, anticiper le passage à proximité de zones industrielles ou d’établissements recevant du public…

Les 17 acteurs, producteurs et consommateurs, se raccorderont à cette infrastructure qui devra s’adapter à une capacité de production comprise entre 300 MW et 600 MW pour une consommation d’hydrogène associée de 1,5 à 3 TWh/an selon les différents scénarios envisagés. Le gaz servira surtout à des usages industriels, mais des initiatives, en lien avec la mobilité notamment pour alimenter des futures stations d’avitaillement, sont également envisagées par certaines parties prenantes du futur écosystème. « Depuis janvier, nous avons travaillé sur une étude de faisabilité cofinancée par les différents acteurs pour identifier les points de risques, les contraintes et définir une première estimation du coût et un planning », relate Geoffroy Anger.

Les résultats de cette étude ont été dévoilés aux clients au premier trimestre 2023. « Nous allons désormais mener des études de base, plus détaillées, qui devraient durer entre 18 et 24 mois et qui seront aussi en partie financées par les futurs usagers », poursuit le responsable du pôle hydrogène. Fin 2024 ou début 2025, les deux gestionnaires de réseaux vont proposer des contrats de réservation anticipée de capacité aux industriels. La décision d’investissement dépendra de l’engagement des clients à réserver ces capacités, qui permettra à GRTgaz et à Fluxys de se rémunérer. Cet investissement, dont le montant total est toujours confidentiel, est entièrement porté par les deux entreprises. Elles ambitionnent de mettre en service cet équipement en 2028.

Des réseaux vers l'Allemagne et l'Espagne

Le projet franco-belge ne sera pas le seul à voir le jour entre l’Hexagone et ses voisins. Deux autres devraient également émerger à moyen terme. MosaHYC (Moselle Sarre HYdrogène Conversion) a pour ambition de transporter jusqu’à 80 000 m3/h d’hydrogène vert sur 100 km entre la Sarre (Allemagne), la Moselle et la frontière Luxembourgeoise (voir Énergie Plus n°666). Son implantation n’a pas été choisie au hasard. En effet, des projets de production d’hydrogène par électrolyse de l’eau émergent des deux côtés de la frontière. Porté par GRTgaz et son homologue d’Outre-Rhin Creos, ce réseau a la particularité de réutiliser d’anciennes canalisations dédiées initialement au gaz naturel. Compte tenu des spécificités de ce gaz, l’infrastructure déjà en place devra être adaptée. En effet, la molécule d’hydrogène (H2) est plus petite que celle de méthane (CH4). Pour éviter les fuites, les deux gestionnaires de réseaux devront remplacer les joints et les vannes d’origine.

En outre, il faudra aussi baisser la pression d’exploitation car l’H2 peut fragiliser les tuyaux en acier. Des programmes de recherche et développement sont d’ailleurs en cours pour répondre à cette problématique. L’un d’entre eux porte sur le développement d’un revêtement à appliquer dans les canalisations pour les protéger des effets néfastes. « MosaHYC est notre projet le plus avancé. Nous travaillons aujourd’hui sur les études de base et nous allons prendre notre décision d’investissement dès cette année », révèle Geoffroy Anger.

Le gestionnaire planche également sur un projet de canalisation de 150 km au bord de la Méditerranée. Il doit relier la zone industrielle et portuaire de Fos-sur-Mer et les capacités de stockage HYnframed, situées à Manosque. GRTgaz a donc lancé un AMI en janvier destiné à tous les porteurs de projets intéressés par une future infrastructure. Mais celle-ci ne sera qu’une étape au sein d’une installation beaucoup plus ambitieuse. La zone a pour vocation de devenir la zone d’atterrage de H2Med, une canalisation offshore de plus de 450 km qui doit relier Barcelone à Marseille en 2030.

« Nous y travaillons avec nos collègues de Enagás et de Teréga. Elle pourra transporter à terme plus de deux millions de tonnes par an d’H2. Cela représente 10 % de la consommation européenne prévue en 2030 et deux fois la consommation actuelle d’H2 fossile en France », détaille Geoffroy Anger. À plus long terme, H2Med pourrait être prolongée vers la Vallée de la chimie à Lyon, via le port de Fos-sur-Mer. Avant d’être connectée par la suite sur les infrastructures en cours de montage au nord du continent pour constituer une véritable dorsale européenne de l’hydrogène souhaitée par les autorités de l’Union européenne…

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