L’Ademe vient de rendre public un rapport très attendu, celui de l’évaluation des performances écologiques des biocarburants de première génération consommés en France. Il complète la première version de l’analyse de cycle de vie (ACV) présentée à l’automne dernier (voir Energie Plus n°434).
L’objectif de cette étude est de faire le point sur le bilan énergétique, les émissions à effet de serre et la pollution énergétique des biocarburants. Offrent-ils réellement plus d’avantages par rapport aux carburants d’origine fossile, si l’on inclut dans les calculs, pour ces deux types de carburant, toutes les étapes intermédiaires (transport, distribution, etc) de la semence des graines ou de l’extraction du pétrole à la combustion dans les moteurs (i.e. le cycle de vie) ?
L’étude concerne les filières -- importées (canne à sucre, palme, soja) et exportées (colza, tournesol, blé, maïs) -- de bioéthanols et biodiesels, comparés respectivement à l’essence pure et au gazole pur.
Les résultats montrent que les bioéthanols permettent des réductions substantielles de la consommation d’énergie non renouvelable par rapport aux carburants fossiles, en tenant compte du cycle de vie : au mieux, 85% pour l’éthanol de canne à sucre et 54% pour l’ETBE de canne à sucre. Les autres éthanols et ETBE (de betterave, de blé et de maïs), eux, se situent respectivement autour de 50% et 20%. Quant aux biodiesels, les niveaux de réduction avoisinent les 70% pour les esters végétaux et 80% pour les huiles végétales (pures, usagées ou de graisses animales). Les prévisions sur 5 ans n’indiquent pas de changement notoire de ces valeurs.
S’agissant des émissions de gaz à effet de serre, là encore, l’utilisation des bioéthanols permet de les réduire par rapport à la référence fossile : au mieux, 72% pour l’éthanol de canne à sucre et 47% pour l’ETBE de canne à sucre. Les autres éthanols et ETBE se situent respectivement autour de 55% et 30%. Quant aux biodiésels de type ester, les niveaux de réduction sont de l’ordre de 70%. Les prévisions sur 5 ans n’indiquent pas de changement criant de ces valeurs.
Les conclusions de cette étude reposent sur un certain nombre d’hypothèses qui rentrent dans le cadre d’une méthodologie bien définie et comportent de nombreuses incertitudes qu’il convient de préciser. Les résultats mentionnés ci-dessus ne prennent en effet pas en compte les effets de changement d’affectation des sols (c’est-à-dire, par exemple, substituer un hectare de forêt tropicale par un hectare de soja), même si de tels changements directs n’ont pas lieu en France, la loi les interdisant. Les principales sources d’incertitude proviennent de la modélisation : celle des émissions de protoxyde d’azote (un kg de N2O est 300 fois plus néfaste qu’un kg de CO2), des gaz à effet de serre, des changements d’affectation de sols, de la toxicité humaine et de la filière pétrolière.
Selon l’Ademe, cette étude doit être considérée comme un outil d’évaluation :
- dans le cadre du Grenelle de l’environnement,
- dans la perspective de la directive européenne EnR qui prévoit une part de 10% en énergies renouvelables dans la consommation en énergie finale dans le secteur des transports,
- pour l’objectif d’introduire 5,75% de biocarburants en 2010 en France.